« On revient toujours vers nos sources, croit l’entrepreneur de Boisbriand qui a voyagé dans plus de 26 pays au fil des ans. Ce n’était pas suffisant pour moi de me lancer en affaires : il fallait que l’expérience que j’ai développée au cours des années enrichisse la région qui m’a vu grandir et qui héberge encore mes proches. »

Comment dynamiser l’économie et créer de l’emploi dans cette région du Nord-du-Québec où l’industrie forestière est dominante ? Animé d’une conscience environnementale bien de son temps, Jean-Claude Villeneuve a choisi d’orienter ses recherches vers un produit recyclant les matières délaissées par les entreprises forestières canadiennes.

« L’écorce, les branches, la matière résineuse des conifères… après une coupe, il y a plusieurs matériaux laissés sur place qui peuvent être récupérés », explique l’homme d’affaires. Ayant capté l’engouement mondial envers les produits naturels, Jean-Claude Villeneuve se lance dans la production d’huiles essentielles en créant BoréA Canada, en 2014.


Quand industrialisation rime avec récupération


« Le procédé de production d’huiles essentielles date de plus de 2000 ans, dit Jean-Claude Villeneuve. Cela ressemble ni plus ni moins à de la cuisson de carottes ! » Ainsi, BoréA fait cuire à la vapeur les résidus forestiers, récupère la vapeur de cuisson, la refroidit, puis récolte la précieuse huile qui se séparera alors de l’eau.

Une vieille recette de grand-mère… mise au goût du jour par le travail d’innovation de l’entrepreneur-ingénieur afin que la production soit efficiente et écoresponsable.

La décision de s’implanter à Chapais comme voisin de l’usine de cogénération (producteur local d’électricité) allait établir la base de la mission de BoréA. « On a ainsi établi un procédé de distillation circulaire intégré, qui est en fait une collaboration stratégique et écologique entre les deux installations », explique Jean-Claude Villeneuve. L’usine de cogénération de Chapais produit de l’électricité en brûlant de la biomasse ; BoréA récupère une partie de la vapeur ainsi dégagée pour distiller ses huiles, puis l’entreprise redonne à l’usine locale ses résidus « cuits » (aiguilles, branches, etc.) qui serviront de carburant à cette dernière. En résulte un processus de récupération cyclique, où pratiquement rien ne se perd.

BoréA a aussi réduit au minimum la manipulation de sa matière première en fabricant des alambics de type mobile, que l’entreprise « remplit » directement en forêt. Elle peut ainsi s’approvisionner facilement à même les 280 000 km2 des terres publiques de la région.

« Cette production de grade industriel ne nous permet pas seulement de fournir un fort volume d’huiles essentielles : elle est avant tout beaucoup plus écologique, générant 60 % moins d’émissions de gaz à effet de serre que les procédés plus conventionnels », affirme l’homme d’affaires.


Accompagner l’innovation


« Autant la nature du projet que le profil de l’entrepreneur étaient intéressants pour la région, dit Annie Potvin, directrice générale à la SADC Chibougamau-Chapais. On sentait dès le début qu’il n’était pas question d’improvisation. »

La SADC a ainsi tout mis en œuvre pour simplifier le démarrage de BoréA, notamment en facilitant la recherche de financement et en contribuant à de la documentation essentielle.

« C’est comme si j’avais eu accès — et j’en profite toujours ! — à un directeur financier à temps partiel, et sur demande ! » résume Jean-Claude Villeneuve.

En plus de « l’aide de bras » de la SADC, l’entrepreneur apprécie son écho sur des décisions stratégiques importantes. Et des paroles, la Société passe à l’action ! « Au lieu de dissuader le fondateur de BoréA d’acheter un deuxième distillateur, nous avons aidé l’entreprise à développer ses affaires vers l’international afin que le nouveau volume de production rentabilise l’investissement supplémentaire », donne en exemple Annie Potvin.

Aujourd’hui, l’Asie, l’Europe et le reste de l’Amérique profitent des effluves des épinettes noires, des sapins baumiers, des pins gris, de la pruche et du mélèze de nos forêts boréales québécoises.

« On vise toujours plus grand, mais en gardant cette priorité d’avoir un minimum d’impact écologique », résume Jean-Claude Villeneuve.


BoréA en chiffres


Capacité de traitement de matières premières par jour : 40 tonnes

Réduction en gaz à effet de serre du procédé de distillation circulaire : 60 %

Nombre d’employés impliqués à BoréA : une dizaine

Période de production : 24 heures par jour, 7 jours par semaine, 12 mois par année