Grâce à une initiative lancée par le Réseau des SADC et CAE du Québec, de petites entreprises seront désormais en mesure de mettre en marché des crédits carbone. Des revenus supplémentaires pour ces leaders d’une économie « low GES ».

 
Quand Récupère Sol a investi 1,4 million de dollars dans un projet lui permettant de valoriser les résidus pétroliers récupérés dans les sols contaminés, le propriétaire de l’entreprise, Jean-François Landry, n’aurait jamais pensé pouvoir faire de l’argent avec des crédits carbone. « On l’a fait parce qu’on est une entreprise consciencieuse et qu’on pouvait faire des économies en réduisant notre consommation de mazout », soutient ce dernier. Ce faisant, l’entreprise basée à Saint-Ambroise a tout de même évité l’émission de 32 000 tonnes de gaz à effet de serre (GES). Mais comment valoriser les efforts d’une telle PME qui n’est pas régie par le marché du carbone et qui n’a pas les ressources pour s’engager sur le marché volontaire du crédit du carbone? La réponse de la Société d’aide au développement des collectivités (SADC) du Haut-Saguenay : en regroupant les efforts des PME et en leur offrant du soutien technique.

Il faut savoir qu’aujourd’hui, les petites entreprises qui émettent moins de 25 kt eq. CO2/an ne sont pas assujetties directement au marché du carbone. Tous les petits consommateurs paient plutôt un «coût carbone» à même le prix des carburants fossiles consommés (mazout, propane, essence, etc.) d’environ 4 cents/L actuellement. Chaque litre de carburant évité équivaut donc à un «crédit carbone» de 4 cents (0,04$).

Sans trop savoir si le projet allait en valoir la peine, sept entreprises ont décidé de joindre leurs efforts dans le cadre d’un projet pilote lancé en 2016. Parmi elles, la pourvoirie Wapishish a investi 50 000 $ dans l’achat de panneaux solaires, réduisant au passage sa consommation de diesel de près de 12 000 $ par an. Gazon Savard a pour sa part investi dans des équipements lui permettant de composter davantage de matières organiques pour les transformer en engrais. Résultat : un an plus tard, le regroupement avait évité l’émission de 595 945 tonnes de GES, générant autant de crédits carbone vérifiés par l’auditeur Solutions Will, sur le marché volontaire. De ce nombre, 3 314 crédits carbone ont récemment trouvé preneurs, générant des revenus totaux de 25 000 $ pour les entreprises. « On s’est servi de cet argent pour acheter encore plus de panneaux solaires pour devenir le plus autonome possible », souligne Billy Moreau, copropriétaire de la pourvoirie Wapishish.

C’est bien d’être récompensé pour nos efforts, mais on voulait avant tout démontrer notre rôle de leader et inspirer d’autres entreprises à en faire autant. - Jean François Landry

Tout le Québec

Fort des résultats de ce projet pilote régional, le Réseau des SADC et CAE (centres d’aide aux entreprises) a récemment lancé un projet pilote provincial.

« Près de 72 % des émissions de GES au Québec proviennent des PME, qui ne sont pas réglementées par le marché obligatoire, explique Hélène Deslauriers, directrice générale du Réseau. On veut combler ce marché-là en offrant une aide financière pour [que les entreprises puissent] accéder au marché volontaire des crédits carbone. »
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Installée à Saint-Ambroise, l'entreprise Récupère sol engendre des revenus grâce aux crédits carbone vendus. (© Récupère sol)
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Grâce à un investissement de 350 000 $, le Réseau, en partenariat avec Solutions Will, une entreprise spécialisée dans la gestion et la vente de crédits carbone, est en mesure d’offrir une expertise de pointe pour quantifier, authentifier et mettre en marché les crédits carbone générés par les entreprises auprès du registraire VCS (Verified Carbon Standard).

« Comme on accompagne les entreprises et les organisations depuis plusieurs années dans leurs démarches de développement durable, on a pu facilement repérer celles qui étaient intéressées à participer au projet », souligne Paul Gauthier, directeur exécutif du Réseau des SADC et CAE. Par exemple, plusieurs projets de chauffage à la biomasse, qui ont permis d’éviter l’émission de très grandes quantités de GES dans la vallée de la Matapédia, ont été entrepris par la MRC, la commission scolaire et des municipalités, qui font partie de la centaine d’adhérents au projet pilote.

Paul Gauthier croit que, d’ici un an, le projet pilote permettra de générer plus de 1,5 million de crédits carbone, soit l’équivalent de 1,5 million de tonnes de GES évitées.

Il restera toutefois à trouver des preneurs pour tous ces crédits carbone, car, comme en fait foi le projet dans le Haut-Saguenay, il reste encore beaucoup de travail à faire pour écouler les crédits accumulés et ainsi générer des revenus supplémentaires pour les entrepreneurs.Déjà, de grandes entreprises ont manifesté leur intérêt à investir dans les projets de réduction des émissions de GES, à la fois dans l’objectif de devenir carboneutres et d’encourager l’économie locale. C’est le cas de BMO Banque de Montréal, qui s’est engagée à acheter 10 000 crédits par année pour trois ans, à un montant de 13 $ par tonne de GES évitée.

On invite fortement toutes les entreprises, le gouvernement et même les MRC qui affichent leur désir de carboneutralité à considérer les crédits carbone des entreprises de leur milieu. - Hélène Deslauriers

Exemples de projets admissibles à l’obtention de crédits carbone 

  • Modification à l’enveloppe du bâtiment : isolation des murs, du toit, nouvelle fenestration performante, et implantation d’un projet ou d’un système de récupération de chaleur : chauffage, ventilation et air conditionné


  •       Conversion de l'huile en gaz naturel, en propane/butane, en biomasse ou en énergie alternavite (solaire, éolienne, hydrolienne, géothermique, etc.)

  • Production de vapeur pour utilisation dans le processus manufacturier ou industriel
  • Optimisation énergétique du système de refroidissement
  • Éclairage et système de contrôle des luminaires
  • Modification aux appareils et procédés industriels entraînant une réduction de la consommation énergétique
  • Performance et optimisation des moteurs électriques
  • Optimisation de l’équipement en place
  •      Changement comportemental : baisse programmée de la température du bâtiment pour la nuit ou le week-end

  •      Gestion des matières résiduelles : détournement de l’enfouissement et compostage des matières organiques