Récemment, je lisais un rapport d’intelligence sur les problèmes ruraux à l’échelle internationale. Le constat est clair : la crise du commerce de proximité en milieu rural au Québec est aussi vécue en Europe, en Asie et ailleurs en Amérique du Nord.
Il y a des fermetures massives d’épiceries, de boulangeries, de cafés et de services essentiels. Le développement économique est complexifié par divers éléments, dont le vieillissement de la population, l’exode rural, la pénurie de main-d’œuvre, les enjeux logistiques et le commerce en ligne.
Pour illustrer ce phénomène, en France en 2021, 62 % des communes (l’équivalent de nos villages) n’avaient aucun commerce, ce qui affectait 21 millions de personnes. Dans les rues commerciales rurales, 14 % des locaux étaient inoccupés.
Le problème, c’est qu’en milieu rural, le commerce de proximité est souvent un service essentiel. De plus, la vitalité commerciale aide à attirer des gens à venir s’installer dans la région. Un café, une boulangerie, un restaurant, ce sont aussi des lieux où les nouvelles circulent et où les gens se rencontrent. Le commerce de proximité a donc un rôle social important, en plus de son rôle économique.
Et le commerce en ligne dans tout ça?
Malheureusement, en 2025, un commerce qui n’a pas de vitrine internet est un commerce qui n’existe pas aux yeux des consommateurs. Pour pallier cela, plusieurs commerces ruraux en France ont introduit le concept de « phygital », c’est-à-dire un mélange entre une porte d’entrée physique sur les lieux et une autre sur un site web. Cela permet aux gens de faire une première recherche en ligne, puis d’obtenir des conseils et de créer des liens en personne.
Je suis conscient que la numérisation amène des défis et des enjeux, mais aussi des opportunités, comme celle de faire des ventes 24 h/24. Et c’est le rôle d’un organisme comme le nôtre d’accompagner les entreprises dans cette transition.
Problèmes de logistique et de transport
La logistique de transport en milieu rural est un enjeu important, car les distances sont grandes et il faut réussir à atteindre les grands centres. En Chine, le service postal contribue au développement régional en gérant l’approvisionnement. Peut-être une opportunité pour Postes Canada? En Espagne, la coopération entre les agences gouvernementales, les prestataires logistiques et les entreprises locales, combinée à des outils technologiques, permet d’aider les marchés fragmentés et de mieux gérer les variations saisonnières. Et des variations de saisons, au Québec, on s’y connaît.
Le modèle coopératif existe aussi ici. Par exemple, Radish permet de mettre en commun l’inventaire de plusieurs restaurants afin d’éviter de devoir passer des commandes distinctes et d’assumer des frais de transport élevés.
Une autre façon de contourner les problématiques de logistique et de transport en milieu rural est de favoriser les circuits courts. Les commerces agricoles qui proposent des concepts de casiers accessibles le week-end, lorsque les commerces sont fermés, en sont un bon exemple. Les points relais et les marchés ambulants favorisent aussi la logistique rurale. De quoi stimuler l’achat local et concurrencer les grandes chaînes par la fraîcheur, la qualité et le lien direct avec le producteur.
Comment le Réseau des SADC+CAE peut-il aider?
Je suis convaincu que notre Réseau et ses partenaires peuvent jouer un rôle encore plus important en déployant plusieurs actions. D’abord, il faut renforcer l’expertise et l’accompagnement pour revitaliser les rues commerciales rurales. Parce que lorsqu’un milieu est attrayant, il attire autant les commerçants que les clients. Dans cette optique, la collaboration avec des organisations spécialisées comme Rues Principales est essentielle. Leurs expertises en commerce de proximité et en revitalisation des artères commerciales constituent des leviers stratégiques pour soutenir les communautés rurales.
Il serait également pertinent de développer un centre de ressources mutualisé et d’outiller les conseillers régionaux afin de réaliser des diagnostics territoriaux ciblés. D’ailleurs, plusieurs SADC+CAE accentuent actuellement cette expertise grâce à GoData, un outil interne hautement spécialisé. De plus, le renforcement de services de soutien à la transmission et à la reprise d’entreprises commerciales – comme ceux offerts par Repreneuriat Québec – permettrait de favoriser la relève entrepreneuriale et de maintenir les services en région.
Le Réseau des SADC+CAE peut aussi contribuer à stimuler la mutualisation et l’innovation dans les modèles d’entrepreneuriat collectif, notamment en favorisant la création de coopératives et de regroupements de commerçants, ainsi qu’en faisant la promotion des commerces multi-activités, et ce, en travaillant main dans la main avec la Coopérative de développement régional du Québec (CDRQ) et le Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM).
Finalement, pour garder nos régions bien vivantes, il faut renforcer le soutien à la numérisation des commerces, promouvoir des modules de formation liés à la transition écologique et soutenir la mise en place de solutions innovantes en matière de logistique rurale.
L’implication de tous, facteur de succès de l’économie régionale
Le succès de toute initiative de développement régional repose sur l’implication de plusieurs acteurs. Mais l’un des plus importants demeure le citoyen. Parce que même avec une campagne d’achat local, des influenceurs régionaux ou un commerce multi-activités, si les gens du milieu n’y adhèrent pas, personne n’en verra les bénéfices.
Il est donc primordial de faire du développement local en écoutant les besoins de la communauté. C’est l’interaction entre les organismes et programmes de soutien, les citoyens et les commerçants qui permet aux initiatives de fonctionner. Car, dans les milieux éloignés, l’accessibilité à des services de proximité, à des biens et à de la nourriture demeure un enjeu majeur.
Finalement, le commerce local nous permet aussi de préserver notre couleur régionale. C’est ce qui attire autant les touristes que les résidents. Alors, partageons nos innovations et nos expertises pour faire face ensemble aux défis de la dévitalisation et de la rupture de services de proximité, afin de continuer à bâtir des villages forts où il fait bon demeurer, travailler et consommer.
Pascal Harvey
Président-directeur général